Jean de La Fontaine

Le grand fabuliste français Jean de La Fontaine (1621—1695) naquit à Château-Thierry en 1621. Il hérita de son père la fonction de maître des Eaux et forêts, mais vint s’installer à Paris et mena, grâce à ses protecteurs, une vie paisible, légère, exempte de soucis. Puis il retourna à Château-Thierry et y exerça sa charge pendant vingt ans, parcourant en tous sens les bois environnants, surveillant la pêche et la chasse.

En 1654, il publie une adaptation en vers de l’Eunuque de Térence, puis un poème (Adonis), une églogue dramatique (Climène), d’autres poèmes, des madrigaux, des épitres, des ballades, des élégies, des odes, un roman de style précieux (Les amours de Psyché et de Cupidon), enfin, des Contes et nouvelles en vers de caractère licencieux. Ainsi il a tenté tous les genres, mais il n’a brillé vraiment dans aucun d’eux.

Membre de l’Académie depuis 1684, il a pris part du côté des «Anciens» dans la Querelle des Anciens et des Modernes (Epitre à Huet, évêque de Sois-sons, 1687).

Ses Fables paraissent entre 1668 et 1679. La Fontaine a trouvé dans la fable un genre où pouvait se manifester son génie. La fable est un genre très souple, elle peut être en même temps conte, dialogue, comédie, idylle, élégie, satire, description, poème lyrique. Cherchant à réaliser pleinement son don d’obser­vateur et son talent de dramaturge, La Fontaine veut écrire

«Une ample comédie à cent actes divers

Et dont la scène est l’univers.»

Il peint dans ses fables les hommes de toute condition (rois, seigneurs, bourgeois, paysans, curés, savants, maîtres d’école) et de tout caractère. Dans l’étude des caractères et des mœurs, il se rattache au groupe des moralistes en XVII-e siècle.

J. Giraudoux écrit que ses fables atteignent au conte, à la légende, à l’épopée:

C’est ainsi que ma Muse, aux bords d’une onde pure,

Traduisait en langue des dieux

Tout ce que disent sous les cieux

Tant d’êtres empruntant la voix de la nature.

Truchement de peuples divers,

Je les faisais servir d’acteurs en mon ouvrage:

Car tout parle dans l’univers:

Il n’est rien qui n’ait son langage [1].

D’innombrables travaux de critique littéraire ont été consacrés à La Fon­taine et on n’a pas fini d’étudier l’œuvre du célèbre fabuliste. La tâche des chercheurs et des critiques dont le domaine est la littérature enfantine est plus modeste. Ils s’adressent à l’œuvre de La Fontaine du point de vue de sa valeur pédagogique et esthétique. La Fontaine ne s’est pas adressé aux enfants, «mais l’enfance est nourrie de ses fables [2].» Les fables sont devenues des «classiques» de l’enfance. L’enfant aime les fables parce qu’elles sont brèves, gracieuses, simples, claires. Elles sont composées comme de petits drames et mettent en scène des animaux, et les enfants aiment beaucoup les histoires d’animaux. Il est évident que La Fontaine déguisait les hommes sous le masque des animaux: «La popularité de La Fontaine auprès des enfants est fondée sur un contresens [3].»

Il est certain, et le poète s’en est d’ailleurs expliqué clairement, qu’il s’agit d’une comédie humaine et non animale. L’enfant ne comprend évidemment rien à ces allusions. Mais le poète est un très fin observateur, il sait peindre l’animal avec humour et vivacité. Il dessine sa silhouette, sa démarche, son attitude en quelques mots, et le croquis est inoubliable. Voici la tortue «qui va son train de sénateur», dame Belette «au long corsage», le héron «au long bec emmanché d’un long cou», le renard aux mille tours «passé maître en fait de tromperie», le vieux rat qui «avait perdu sa queue à la bataille», le chat qui fait «la chattemite», Janot-lapin qui fait à «l’Aurore sa cour parmi le thym et la rosée».

Si Maître Renard apparaît presque toujours sous ce nom, le chat est tantôt Grippeninaud, tantôt Grippefromage, tantôt Rodilard, l’Alexandre des chats, l’Attila, le fléau des rats, Raminagrobis.

Tous ces animaux font partie du monde enfantin. La Fontaine est un grand maître de l’humour. Ses fables sont plaisantes et font rire: l’histoire du Corbeau et du Renard, du Renard et du Bouc, du Cheval et du Loup, du Chat et du Vieux Rat sont d’habiles petites comédies.

L’action des fables se situe dans un cadre bien français, dépeint en quel­ques traits; comme disait Saint Beuve La Fontaine est le poète de la vieille France, comme le gardien fidèle de son vieux et charmant langage.

On a beaucoup parlé de la morale de La Fontaine. Le genre même de la fable est lié à la morale, à la «moralité»: «Pour tous ceux qui ont écrit des fables avant lui, l’essentiel de la fable est sa moralité. Elle est le code en vers de la morale humaine, à l’usage des enfants. De tout temps, les petits écoliers ont récité ces leçons de bon sens … sous la forme de petits poèmes en vers, plus aisés à leur mémoire» (Jean Giraudoux). Chez La Fontaine la moralité occupe une place secondaire. Elle est souvent sans intérêt et ne poursuit que le but d’être fidèle au genre. La Fontaine concentre l’intérêt sur le récit, dans lequel il manifeste une extraordinaire maîtrise de conteur et de metteur en scène.

J. J. Rousseau, Lamartine et bien d’autres ont été très sévères pour la morale de La Fontaine. On a accusé La Fontaine d’avoir une morale essentielle­ment pratique, égoпste, fondée sur l’habilité,l’ingénuosité à tromper le benêt ou le trompeur, la prudence, la vigilance, l’épargne. Tout ceci serait peut-être vrai si La Fontaine avait spécialement composé des fables didactiques, or il n’en est rien. Sa moralité est le plus souvent la constatation d’un état de choses existant plutôt qu’une recommandation. D’autre part elle reflète une certaine morale collective, la morale de l’«honnête homme», de l’homme moyen du siècle, que La Fontaine semble citer avec une pointe d’ironie cachée.

Voici quelques fables connues par tous les enfants, choisies parmi les deux cent quarante fables réparties en douze livres.

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1. J. Giraudoux, Les Cinq Tentations de La Fontaine

2. J. de Trigon, op.cit., p. 21

3. M. Soriano, op.cit., p. 65


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